Ce 17 février 2026, Alice Dona souffle ses 80 bougies. Née Alice Donadel à Maisons-Alfort le 17 février 1946, cette compositrice discrète a signé certaines des plus grandes chansons de la variété française, de “Je suis malade” pour Serge Lama à des dizaines de titres offerts à Joe Dassin, Dalida, Mireille Mathieu ou Johnny Hallyday. À 80 ans, celle qui vit aujourd’hui à Vaison-la-Romaine reste l’une des figures les plus respectées — et les plus méconnues du grand public — de la chanson française.
Tout commence dans les années 1960, quand une adolescente de Maisons-Alfort pousse la porte du Petit Conservatoire de Mireille à 15 ans. Née d’un père italien originaire de Vénétie et d’une mère française, tous deux musiciens, Alice Dona enregistre ses premiers 45 tours dès 1963. “Demain, j’ai dix-sept ans”, “Surboum 63”, “Mon train de banlieue” — des titres yé-yé qui lui ouvrent les portes de l’Olympia, en première partie de Colette Deréal et Leny Escudero. Deux ans plus tard, elle est à Bobino avec Claude Nougaro.
Puis vient le tournant décisif. Dans les années 1970, Alice Dona se tourne résolument vers la composition pour autrui. C’est sa rencontre créative avec Serge Lama qui produit l’œuvre la plus marquante de sa vie. En 1973, Serge Lama entretient une relation passionnelle et illégitime avec Michèle Potier. Lorsqu’elle décide de le quitter, il se retrouve anéanti et confie son désespoir à Alice Dona : “Cette histoire me fait mal, ça me rend malade.” C’est cette phrase qui inspire à la compositrice une musique si intense que Serge Lama trouve les mots pour exprimer sa souffrance en moins de vingt minutes. Le titre devient l’une des chansons les plus reprises de la langue française — Dalida, Lara Fabian, et des dizaines d’autres s’en empareront.
Alice Dona compose pour Claude François, Joe Dassin, Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, et crée plus de cinquante titres pour Serge Lama seul. En 1976, ce même Serge Lama la convainc de retourner en studio comme interprète. S’ensuivront huit albums en dix ans — L’antistar, Chanson hypocalorique, Femme et musique, La nana 77 — avant qu’elle ne fonde les Studios Alice Dona pour former les jeunes talents. Son dernier album, Mes petites madeleines (2013), rassemble des duos avec Bénabar, Michel Delpech et Mimie Mathy.
Derrière la compositrice accomplie se cache une histoire personnelle longtemps gardée au silence. En 2005, lors d’une interview accordée à Mireille Dumas, Alice Dona se confie pour l’une des rares fois sur sa sœur cadette Christiane, dite “Cricri”, née en 1955 avec une trisomie et décédée en 1999. Cette même année, elle publie un livre autobiographique lui étant entièrement consacré. “J’ai voulu briller pour elle”, confie-t-elle à Paris Match à l’occasion de ses 80 ans — une phrase qui éclaire sous un jour inattendu une carrière bâtie à force de travail et de discrétion. Dans cet ouvrage, l’auteure se souvient avec tendresse et émotion de sa jeune sœur trisomique, tour à tour racontant des épisodes de leur vie et donnant la parole à Christiane elle-même.
La question du “nouveau compagnon” d’Alice Dona revient régulièrement dans les recherches des internautes. La réalité est plus nuancée — et plus touchante — que les titres accrocheurs ne le laissent entendre.
Au début des années 1980, lors de vacances familiales au ski, Alice Dona croise le regard de Laurent Boyer — un jeune homme de 22 ans qui officie alors comme serveur dans une boîte de nuit, de douze ans son cadet. Le coup de foudre est immédiat et immédiatement décisif : elle met fin à son premier mariage et entame avec lui une nouvelle vie à Paris. Ensemble jusqu’en 2012, soit 32 ans, ils ne se marieront jamais. La chanteuse a toujours été claire sur ce point : déjà passée par l’expérience du mariage avec le chanteur Bernard Ricci, père de sa fille Raphaëlle, elle n’avait ni le désir ni l’intention de réitérer la démarche — et encore moins celle d’avoir d’autres enfants, comme elle l’a expliqué dans plusieurs interviews.
La séparation en 2012 a pour déclencheur les infidélités répétées de Laurent Boyer. “Il s’est fait attraper la main dans le sac”, révélait-elle sans détour au magazine Platine en 2013. Elle qualifiait par ailleurs leur écart d’âge de “purée d’épée de Damoclès de douze ans qui nous sépare” — facteur aggravant selon elle lorsque Laurent, plus jeune, cherchait à fuir l’idée du vieillissement. Malgré tout, leur relation s’est mue en amitié solide. Trente-deux ans de vie partagée ne s’effacent pas, estimait-elle à Gala — un lien qu’elle refusait catégoriquement de qualifier de “rupture”, préférant parler d’une page tournée ensemble. Quelques années après leur séparation, Laurent Boyer s’est affiché avec une nouvelle compagne prénommée Marlène.
Depuis 2012, Alice Dona n’a confirmé publiquement aucune nouvelle relation amoureuse. La compositrice, installée à Vaison-la-Romaine dans le Vaucluse, a toujours préféré la discrétion à l’exposition médiatique — une posture cohérente avec la manière dont elle a conduit toute sa carrière : dans l’ombre des projecteurs, mais au cœur de ce qui dure.