Alexandre Tharaud, né le 9 décembre 1968 à Paris, est l’un des pianistes français les plus admirés et les plus singuliers de sa génération. Avec plus de trente albums au compteur, des collaborations allant de Michael Haneke à Bartabas, de Barbara à Juliette Binoche, il a construit une carrière hors des sentiers battus. Sa vie privée, en revanche, est l’une des plus jalousement gardées du monde musical français.
Alexandre Tharaud n’a jamais évoqué l’identité d’un compagnon ou d’une compagne dans aucune interview accordée à la presse française ou internationale. Son rapport à la vie intime est marqué par une réserve profonde et cohérente avec sa personnalité artistique. Dans ses livres Piano intime (Philippe Rey, 2013) et Montrez-moi vos mains (Grasset, 2017), il aborde son rapport au piano, au public et au silence, sans jamais mentionner sa vie sentimentale. Interrogé sur la solitude, il évoque avec une sincérité désarmante le piano comme son compagnon le plus stable : “Si les amis allaient et venaient, le piano, lui, est là tout au long du chemin. Nous formons, au fil des ans, une sorte de vieux couple qui s’est beaucoup engueulé, écouté… On a ce besoin d’être assez loin l’un de l’autre mais sans jamais cesser de penser à l’autre.”
Alexandre Tharaud est parrain de l’association Le Refuge, qui vient en aide aux jeunes homosexuels rejetés par leurs familles. En 2011, il signe la tribune parue dans Le Monde réclamant la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Ces engagements associatifs et politiques témoignent d’une sensibilité personnelle sur ces sujets, sans que le pianiste ait pour autant jamais fait de déclaration publique sur sa propre orientation sentimentale. En juin 2024, il prend également position contre le Rassemblement national lors des élections législatives, dénonçant “une frilosité évidente” d’une partie du monde de la musique classique.
Né à Paris, Alexandre Tharaud grandit dans un foyer où deux mondes cohabitent : son père est patron d’un garage Citroën, sa mère professeur de danse. Cette dernière le conduit très tôt vers les théâtres du nord de la France, où son père lui fait faire de la figuration. À l’initiative de ses parents, il commence le piano à cinq ans et rencontre au conservatoire du 14e arrondissement Carmen Taccon-Devenat, une élève de Marguerite Long, dont il dit qu’elle lui a “donné des leçons de vie” et lui a appris à “respirer physiquement en faisant parler le piano.” Il entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris à 14 ans et remporte son premier prix à 17 ans.
L’une des particularités les plus connues d’Alexandre Tharaud est son refus d’avoir un piano à domicile. Il explique cette décision par la nécessité de se préserver du plaisir facile de l’improvisation pour maintenir une rigueur de travail. Il se rend chez des amis pour travailler ses programmes. Cette contrainte volontaire dit beaucoup d’un artiste qui cultive l’ascèse dans sa vie comme dans son jeu. Il pratique régulièrement le yoga et la méditation, notamment pendant les sessions d’enregistrement, pour retrouver le lâcher prise qu’il considère comme essentiel à toute prise “magique”.
La carrière d’Alexandre Tharaud se distingue par son refus permanent des cases. En 2006, il collabore avec Bartabas pour les Concertos italiens de Bach lors d’un spectacle équestre aux Nuits de Fourvière. En 2009, il crée un spectacle avec François Morel autour d’Erik Satie. En 2012, il joue son propre rôle dans Amour de Michael Haneke, aux côtés de Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, Palme d’Or à Cannes. En 2015, il accompagne Natalie Dessay pour l’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre aux Invalides. En 2017, il crée avec Juliette Binoche le spectacle Vaille que vivre autour de Barbara, au Festival d’Avignon. En 2023, il forme un duo intimiste avec le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied dans le spectacle Unstill life, présenté aux Nuits de Fourvière puis au Théâtre des Champs-Élysées.