31 May 2026, Sun

Edgar Morin : femme, enfants et vie privée du sociologue français disparu à 104 ans

Edgar Morin et sa dernière épouse, Sabah Abouessalam

Edgar Morin, né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris et décédé le 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans, était le doyen des intellectuels français. Directeur de recherche émérite au CNRS, théoricien de la pensée complexe et auteur d’une œuvre de plus de soixante ouvrages, il a traversé un siècle de convulsions historiques sans jamais cesser d’écrire ni d’aimer. Quatre mariages, deux filles, et jusqu’à ses derniers jours l’amour de sa femme Sabah Abouessalam comme “secret de jouvence” : portrait d’un homme pour qui la vie privée fut toujours indissociable de la pensée.

Edgar Morin : sa femme Sabah Abouessalam

Une rencontre au Festival de Fès, un amour jusqu’au dernier souffle

Edgar Morin est mort le 29 mai 2026, à l’âge de 104 ans. Jusqu’à la fin, il partageait sa vie avec Sabah Abouessalam, sociologue marocaine naturalisée française, née le 13 avril 1959 à Marrakech. Leur histoire commence sentimentalement en 2009, lors du Festival des musiques sacrées de Fès, même si Sabah confie que son amour pour lui remonte aux années 1980, lorsqu’elle était étudiante en sociologie à Grenoble. “Ma rencontre avec Edgar remonte aux années 80 quand j’étais jeune étudiante en sociologie à Grenoble. Je lui avais d’abord lu l’ouvrage ‘le paradigme perdu : la nature humaine’ et aussitôt je tombe sous le charme de sa pensée”, raconte-t-elle dans La Revue pour la connaissance du monde. Ils se marient le 6 janvier 2012 à la mairie du 6e arrondissement de Paris. Edgar a 90 ans, Sabah 52, soit 37 ans d’écart. “Vous dites l’âge ? Pour moi Edgar n’a pas d’âge et je parle avec sérieux”, dit-elle avec humour.

Le “secret de jouvence” d’un centenaire

En mars 2025, interrogé dans sa villa de Marrakech par Le Parisien, Edgar Morin révèle sans détour le secret de sa longévité : “C’est l’amour de ma femme.” Coprésidente avec lui de la Fondation Edgar Morin, Sabah Abouessalam veillait à ce que son téléphone et son ordinateur soient toujours à portée de main. Elle accompagnait chacune de ses prises de parole publiques, des conférences aux salons littéraires. En 2021, elle était à ses côtés lors de la réception organisée à l’Élysée par Emmanuel Macron pour les 100 ans du philosophe. “Il est incroyable, il lit la presse tous les jours, il écrit, répond aux messages, confie-t-elle. Je vis avec l’homme qui porte le monde sur ses épaules !” C’est elle qui annonce sa disparition à l’AFP dans un communiqué sobre et bouleversant : “Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres, et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée.”

Trois mariages avant Sabah

Violette, Johanne et Edwige

Edgar Morin a été marié quatre fois au total. Sa première épouse, Irène dite Violette Chapellaubeau, philosophe, l’accompagne de 1945 à leur divorce en 1970. Ils se sont rencontrés à Toulouse en 1940, dans les cours de Vladimir Jankélévitch, alors que tous deux menaient des activités dans la Résistance. Sa deuxième femme est Johanne Harrell, dite Johanne, une Canadienne, épousée en 1972 et dont il divorce en 1981. Il reste son ami jusqu’à sa mort en 1994. Il épouse ensuite en 1982 Edwige Lannegrace, qu’il décrit comme “l’adorée”, décédée en 2008. C’est après ce veuvage qu’il rencontre Sabah à Fès.

Ses deux filles : Irène et Véronique

Un père “intermittent” qui se rattrape

De son union avec Violette naissent deux filles : Irène Nahoum-Léothaud, née en 1947, sociologue, et Véronique Nahoum-Grappe, née en 1948, anthropologue. Dans son livre Les souvenirs viennent à ma rencontre paru en 2019, il confesse avec honnêteté avoir été un père absent, ses nombreuses amours et son mode de vie nomade ayant progressivement distendu les relations avec ses enfants sans jamais les briser entièrement. Sa fille Véronique confiera que son père était “un homme doux et aimant, mais qui ne m’a pas transmis beaucoup de choses.” Au fil du temps, notamment grâce à la biographie de son propre père Vidal Nahoum, Edgar Morin renoue avec ses deux filles, reconnaissant en chacune une part de lui-même.

Des origines séfarades et un destin français

Edgar Nahoum grandit à Paris dans une famille juive originaire de Salonique, en Grèce. Des Séfarades expulsés d’Espagne en 1492, fixés à Livourne en Italie avant de rejoindre Salonique. Sa mère Luna décède lorsqu’il a une dizaine d’années, provoquant en lui un “Hiroshima intérieur”. Son père Vidal Nahoum exerce dans le commerce dans le quartier parisien du Sentier. Résistant sous l’Occupation, il adopte le pseudonyme de Morin qu’il garde toute sa vie. Sa disparition provoque une vague d’hommages dans toute la classe politique française : Emmanuel Macron salue sa bienveillance et sa curiosité inépuisable, tandis que François Hollande rend hommage à l’homme qui a consacré sa vie à chercher où allait l’humanité.

By Camille Rousseau

Journaliste politique et médias, 7 ans d'expérience à France Info. Spécialiste des personnalités politiques et journalistiques. Sciences Po Paris, Master Journalisme.