Le dimanche 15 février 2026, Robert Duvall s’est éteint paisiblement dans sa propriété de Middleburg, en Virginie, à l’âge de 95 ans. C’est son épouse Luciana qui a transmis la nouvelle au monde, décrivant un homme qui était “pour elle, tout simplement tout” — acteur oscarisé, réalisateur, conteur. Avec lui disparaît l’une des présences les plus habitées et les plus insaisissables qu’Hollywood ait jamais produites.
L’histoire d’amour entre Robert Duvall et Luciana Pedraza appartient à ces récits improbables que seul le hasard sait écrire. Ils s’étaient établis ensemble dans une ferme vieille de près de 300 ans, lui vivant loin des paillettes hollywoodiennes, déclarant ne se rendre à New York ou Los Angeles que lorsque c’était strictement nécessaire.
Tout a commencé en 1996 à Buenos Aires. L’acteur cherchait une boutique de fleurs — elle était fermée. Il s’est alors tourné vers une boulangerie voisine, et c’est là qu’il a croisé le regard d’une jeune Argentine de 24 ans, lui en ayant 65. “Si la boutique de fleurs avait été ouverte, je ne l’aurais jamais rencontrée”, confiait-il des années plus tard au magazine Esquire. De son côté, Luciana ne savait pas qui était cet Américain. Elle lui a tendu sa carte de visite pour l’inviter à une fête chez des amis — sans attendre quoi que ce soit en retour. Il est venu.
Malgré 41 ans d’écart — ils partagent curieusement la même date d’anniversaire, le 5 janvier —, la relation s’est installée durablement. Le couple a attendu 2005 pour officialiser leur union lors d’une cérémonie intime dans le comté de Fauquier, en Virginie. Robert Duvall avait derrière lui trois mariages précédents. Si la différence d’âge l’avait d’abord rendu anxieux, il finissait par la balayer d’un revers de main dans ses interviews, préférant parler de leur complicité quotidienne. L’acteur adorait Buenos Aires “plus que tout autre endroit” et avait appris le tango — une passion partagée que Jane Seymour a évoquée dans son hommage Instagram dès l’annonce du décès.
Robert Duvall n’a jamais eu d’enfants — ni de ses unions précédentes, ni de son mariage avec Luciana Pedraza. Ce choix ne l’a pas empêché de tourner son attention vers l’enfance : ensemble, le couple a cofondé le Fonds Robert Duvall pour l’enfance, une organisation caritative consacrée à soutenir les enfants et familles défavorisées du nord de l’Argentine.
Luciana Pedraza n’est pas seulement la veuve d’une légende : elle est elle-même actrice et réalisatrice. C’est Robert Duvall qui lui a proposé de jouer à ses côtés peu après leur rencontre, ouvrant ainsi une carrière inattendue pour cette ancienne directrice marketing. Elle est apparue dans Assassination Tango (2002), film réalisé par son mari, puis dans Wild Horses (2015). Elle a également signé la réalisation du court-métrage The Portrait of Billy Joe en 2004.
Né à San Diego d’un père officier de marine, Robert Duvall a étudié l’art dramatique au Principia College avant de servir dans l’armée pendant la guerre de Corée, puis de s’installer à New York pour se consacrer au théâtre sous la direction du légendaire Sanford Meisner. Il a partagé un appartement bondé de Manhattan avec Dustin Hoffman. Gene Hackman — lui aussi disparu en février 2025 — traînait dans les parages.
Son premier grand rôle au cinéma survient à 31 ans, dans Du Silence et des ombres (1962), adaptation du chef-d’œuvre d’Harper Lee. Il y incarne Boo Radley — un personnage muet — avec une intensité qui frappe immédiatement les esprits. C’est Francis Ford Coppola qui lui offre ensuite la consécration : Tom Hagen, l’avocat des Corleone dans Le Parrain (1972) puis Le Parrain II (1974), et surtout le lieutenant-colonel Bill Kilgore dans Apocalypse Now (1979), dont la réplique “J’aime l’odeur du napalm au petit matin” est entrée dans la légende absolue du cinéma mondial.
Son rôle préféré reste toutefois celui du Texas Ranger Augustus McCrae dans la minisérie Lonesome Dove (1989), qu’il comparait volontiers à son “Hamlet” personnel. L’Oscar du meilleur acteur, il l’a décroché en 1983 pour Tendre bonheur, où il incarne un chanteur country alcoolique — et chante lui-même toutes les chansons.
Al Pacino, son partenaire du Parrain, a salué “un acteur né, dont le don phénoménal restera à jamais dans les mémoires.” Francis Ford Coppola a rendu hommage sur Instagram à “un élément si essentiel d’American Zoetrope depuis ses débuts”. Adam Sandler a décrit sur X “un homme drôle à en mourir”. Sa famille a demandé aux proches souhaitant honorer sa mémoire de “regarder un bon film, raconter une belle histoire autour d’une table entre amis, ou faire une balade en voiture à la campagne pour apprécier la beauté du monde.”