12 May 2026, Tue

Bassi Konaté : origine malienne, parti politique et victoire historique à Sarcelles

Bassi Konaté est le nouveau maire de Sarcelles

Bassi Konaté, 38 ans, d’origine malienne, est le nouveau maire de Sarcelles depuis le 22 mars 2026. Ancien directeur d’un centre social et éducateur sportif, ce Français né et grandi dans la ville du Val-d’Oise a remporté le second tour des municipales avec 55,34 % des voix, à la tête d’une liste citoyenne soutenue par La France insoumise et Les Écologistes.

Origine et famille : un enfant de Sarcelles aux racines maliennes

Une identité malienne revendiquée, une appartenance française assumée

Français d’origine malienne, Bassi Konaté a grandi à Sarcelles, ville du Val-d’Oise où il a également travaillé et fondé sa famille. Il a grandi à Sarcelles, travaillé à Sarcelles et s’est marié à Sarcelles, résume un militant présent à l’hôtel de ville le soir de sa victoire. Ce triple ancrage territorial constitue le cœur de son identité publique. Interrogé pendant la campagne sur le débat autour des candidats dits “racisés”, il a déclaré à l’AFP ne pas se reconnaître dans cette grille de lecture, se définissant avant tout comme un républicain qui s’adresse à l’ensemble des habitants sans distinction d’origine, de couleur ou de conviction.

Une famille nombreuse, des souvenirs sarcellois

Issu d’une famille nombreuse, Bassi Konaté n’en garde que des souvenirs positifs. Ces années d’enfance dans les quartiers de la ville ont forgé sa sensibilité aux enjeux du tissu social de banlieue, une sensibilité qui irrigue toute sa trajectoire professionnelle et politique. Le nom Konaté est un patronyme très répandu au Mali, au Sénégal et dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, porté notamment par des familles d’origine mandingue.

Parti politique : un candidat citoyen entre LFI et les Écologistes

Sans étiquette mais clairement ancré à gauche

Bassi Konaté se présente comme un candidat citoyen, sans affiliation partisane formelle. Il se dit toutefois “vraiment ancré à gauche” et sa liste “Sarcelles Unie pour Réussir” a bénéficié du soutien de La France insoumise et des Écologistes dès le premier tour. C’est en fait la première fois que Marine Tondelier rencontrait ce candidat citoyen, soutenu au premier tour par La France insoumise et Les Écologistes. La cheffe des Écologistes est venue le soutenir sur le marché de Sarcelles avant le second tour, le présentant à tous comme “le prochain maire” de la ville.

Une position délicate face aux accusations d’inféodation à LFI

Son adversaire du second tour, François-Xavier Valentin, soutenu par Horizons, a tenté de réduire Konaté à “un candidat des Insoumis”, affirmant que “le danger n’est pas forcément dans sa personne, plutôt dans les personnes qui le soutiennent.” Konaté a rejeté cette lecture, insistant sur son indépendance de jugement et son ancrage associatif préexistant à toute alliance électorale. Soutenu par LFI et Les Écologistes mais élu sans étiquette, il devra composer au conseil municipal avec une coalition aux sensibilités parfois contradictoires.

Parcours : vingt ans au service de la jeunesse sarcelloise

Éducateur sportif et directeur de centre social

Avant d’entrer en politique, Bassi Konaté a œuvré en tant que militant associatif et éducateur sportif auprès de la jeunesse sarcelloise. Il a ensuite dirigé un centre social de la ville pendant de nombreuses années, construisant une légitimité de terrain que ses soutiens décrivent comme la vraie clé de sa victoire. C’est cette proximité quotidienne avec les habitants, les associations de quartier et les familles en difficulté qui lui a ouvert les portes de la mairie, bien plus que tout discours partisan.

Une campagne ancrée dans le quotidien

Sa liste a porté 32 propositions concrètes organisées en 23 axes thématiques, délibérément centrées sur les irritants du quotidien : création d’un numéro vert pour les interventions d’urgence, lutte contre les nuisibles dans les immeubles, activités culturelles de proximité en pied d’immeuble, et surtout une priorité absolue accordée à la jeunesse et à l’éducation. Il a dénoncé l’état délabré des structures destinées aux jeunes dans certains quartiers, promettant de ramener les ressources là où les besoins sont les plus criants.

Municipales 2026 : une victoire construite en deux tours

Une domination dès le premier tour

Au premier tour du 15 mars 2026, Bassi Konaté est arrivé en tête au premier tour des municipales avec 44,71 % des suffrages dans la ville de 58 000 habitants, devançant le candidat soutenu par Horizons François-Xavier Valentin (27,58 %) et reléguant à la troisième place le socialiste Patrick Haddad (25,40 %) qui dirigeait Sarcelles depuis 2018. Ce dernier, battu dès le premier tour, a annoncé le retrait de sa liste dans l’entre-deux-tours sans donner de consigne de vote, libérant une partie de l’électorat socialiste. Au second tour du 22 mars, Bassi Konaté a remporté avec 55,34 % le duel qui l’opposait à François-Xavier Valentin (44,66 %).

La fin d’une ère socialiste à Sarcelles

Sarcelles était gouvernée par la gauche socialiste sans interruption depuis 1995, sous des figures successives dont Dominique Strauss-Kahn, François Pupponi et Patrick Haddad. L’élection de Bassi Konaté marque une rupture générationnelle et symbolique dans cette ville de 58 000 habitants : pour la première fois, un enfant des quartiers populaires, sans mandat antérieur ni appartenance partisane formelle, prend les rênes de la commune. Pour de nombreux habitants, ce résultat constitue un signal fort, celui qu’un parcours associatif ancré dans le territoire peut mener aux plus hautes fonctions locales.

Un défi de gouvernance immédiat

La victoire symbolique s’accompagne d’une réalité budgétaire redoutable. Sarcelles figure parmi les communes les plus défavorisées du Val-d’Oise, avec un taux de pauvreté proche de 35 %, un chômage à 14 % et une dette municipale de 84,4 millions d’euros. Le nouveau maire héritera d’une marge de manœuvre contrainte pour tenir ses engagements de terrain, notamment sur la prévention des violences juvéniles et le renforcement des services de proximité dans les quartiers.

By Camille Rousseau

Journaliste politique et médias, 7 ans d'expérience à France Info. Spécialiste des personnalités politiques et journalistiques. Sciences Po Paris, Master Journalisme.