2 Jul 2026, Thu

Entre Dakar et Bruxelles : les origines d’Amadou Onana, Diable rouge au cœur partagé

Amadou Onana, footballeur international

Né le 16 août 2001 à Colobane, quartier populaire de Dakar, d’une mère sénégalaise kinésithérapeute et d’un père d’origine camerounaise, Amadou Onana incarne au Mondial 2026 l’une des histoires les plus touchantes du football international : celle d’un homme qui porte deux pays en lui.

Une mère sénégalaise qui a tout sacrifié

Le père d’Amadou Onana, d’origine camerounaise, n’a que peu été présent pour son fils. Il a quitté la famille pour la Belgique, laissant la mère assumer seule l’éducation de ses enfants à Dakar. Kinésithérapeute au Sénégal, elle finit par prendre la décision de tout abandonner lorsque son fils la supplie chaque jour de lui donner une chance de se faire remarquer dans le football belge. “Elle m’a dit que si elle acceptait de changer de vie, ce n’était pas pour rien. Je n’avais aucune idée à l’époque du risque qu’elle avait pris. J’étais juste un gamin avec un rêve. Je n’étais même pas spécial. J’étais juste un bon joueur à Dakar”, confie-t-il à The Players’ Tribune.

Les premiers mois en Belgique sont éprouvants. Sa mère dort dans un canapé pendant qu’il partage un matelas gonflable avec sa sœur. Les services sociaux mettent de la nourriture sur la table dans les moments les plus difficiles. Ce sacrifice maternel absolu forge chez le joueur une gratitude durable envers deux pays : le Sénégal qui l’a construit, la Belgique qui l’a accueilli.

Un grand-père père de substitution

Son grand-père maternel occupe une place centrale dans son enfance. “On est comme père et fils”, raconte Onana à The Players’ Tribune, évoquant l’homme qui a compensé l’absence paternelle tout au long de ses années à Dakar. Vingt membres de la famille cohabitent dans la maison familiale des grands-parents : cousins, oncles, tantes, une effervescence communautaire qui lui manquera profondément à son arrivée en Belgique.

Colobane, ses valeurs et le wolof comme langue maternelle

Onana décrit une enfance joyeuse, loin de la misère extrême. “Mon enfance en Afrique a été très joyeuse. J’étais un gamin innocent. Je pensais juste à aller à l’école, jouer au foot dans la rue et passer du temps avec mes amis”, confie-t-il à la même plateforme. Il évoque une vie simple mais digne, avec une table toujours approvisionnée, en décalage total avec l’image dramatisée que certains associent aux trajectoires migratoires africaines.

Le wolof est sa première langue. Avant même le français, c’est cette langue sénégalaise qui structure sa pensée et son identité. “Je suis un vrai Sénégalais. Je parle wolof. C’est ma langue maternelle, avant même le français”, revendique-t-il fièrement. À cela s’ajoutent le français, le néerlandais, l’allemand et l’anglais, cinq langues qui témoignent d’un parcours de vie peu commun.

Un réseau familial intact à Dakar

Une grande partie de ses proches vit toujours dans la capitale sénégalaise. Chaque année, il retourne les retrouver, renouer avec ses repères et, selon ses propres mots, “se ressourcer”. Il a également parrainé une académie de football à Dakar, geste concret d’un attachement qui ne relève pas de la communication mais d’une fidélité vécue au quotidien. “Je me sens autant Sénégalais que Belge”, résume-t-il simplement.

Diable rouge par choix, Sénégalais de naissance

Si Amadou Onana représente la Belgique depuis 2022, le Sénégal ne l’a jamais sollicité. Il le confirme lui-même : la fédération sénégalaise n’a jamais pris contact avec lui, malgré ses origines et son attachement revendiqué au pays. C’est donc la Belgique qui l’a approché en premier, et c’est naturellement vers elle qu’il s’est tourné, dans un pays qui, malgré des débuts difficiles — racisme à Anderlecht, exclusion de nombreux clubs belges — lui a finalement “tout donné”, comme il l’affirme.

Formé à Anderlecht dès ses 11 ans, il passe ensuite par Hambourg, le LOSC, Everton, avant de rejoindre Aston Villa en 2024. Avec les Villans, il remporte en mai 2026 la première Ligue Europa Conference de l’histoire du club anglais. Au Mondial 2026, le tirage lui réserve pourtant l’affrontement qu’il redoutait le plus : Belgique-Sénégal en seizièmes de finale, le 1er juillet 2026 à Seattle. Avant le tournoi, face au créateur de contenu Just Riadh, il avait supplié : “Ya rab, s’il te plaît, ne me fais pas jouer contre eux. Mets-moi même la France, peu importe, mais ne me mets pas le Sénégal.” Le tirage en a décidé autrement.

By Julien Bernard

Spécialiste des personnalités sportives, 8 ans chez L'Équipe Magazine. Expert des transferts football et tennis français. Diplômé ISCPA Sport Business.