19 May 2026, Tue

Driss Ghali : l’essayiste marocain entre trois continents

Driss Ghali, essayiste et écrivain

Driss Ghali, essayiste et écrivain, s’est imposé ces dernières années comme une voix controversée dans le paysage intellectuel francophone. De nationalité marocaine, résidant au Brésil et français de cœur, cet ancien professionnel des télécommunications reconverti dans l’écriture défend des positions conservatrices qui lui valent autant d’admirateurs que de détracteurs.

Un Marocain aux racines profondes

Driss Ghali est de nationalité marocaine. Bien qu’aucune source publique ne documente précisément sa ville de naissance ou sa date exacte de naissance, son attachement profond au Maroc transparaît dans l’ensemble de son œuvre littéraire. Son livre “Mon père, le Maroc et moi”, publié en 2019, raconte la mort de son père et les quarante jours de deuil qui ont ébranlé sa vision du Maroc.

Cet ouvrage révèle la profondeur du lien qui unit l’essayiste à son pays natal. Il y exprime sa nostalgie d’un Maroc dans lequel musulmans et juifs cohabitaient harmonieusement, thème récurrent dans ses écrits et interventions médiatiques. Cette mémoire d’un Maroc pluriel et tolérant structure une grande partie de sa réflexion intellectuelle.

Un parcours des télécommunications à l’écriture

Avant de devenir essayiste, Driss Ghali exerçait dans le secteur des télécommunications. Cette reconversion professionnelle tardive vers l’écriture et la pensée politique témoigne d’un parcours atypique. Il se décrit lui-même comme un voyageur et un observateur, position qui lui permet de dresser le croquis de la société avec tous ses reflets et ses ombres.

Cette trajectoire professionnelle l’éloigne des intellectuels de formation académique classique. Son regard sur le monde se construit davantage par l’expérience vécue et l’observation que par la théorie universitaire.

Résident au Brésil, Français de cœur

Driss Ghali vit au Brésil depuis plusieurs années. Ce choix d’installation dans ce pays lusophone d’Amérique latine ajoute une dimension tropicale à son identité déjà multiple. Il se positionne comme un penseur à l’intersection de plusieurs cultures : marocaine par naissance, française par affinité intellectuelle, et brésilienne par choix de vie.

Cette vie brésilienne lui offre un recul géographique sur les débats français et marocains auxquels il participe activement. Malgré cette installation sud-américaine, il se revendique français de civilisation tout en précisant que son âme reste marocaine. La France représente pour lui une grille de lecture intellectuelle pour appréhender le monde.

Une controverse autour d’Israël et des Juifs

En février 2019, lors d’une interview sur Luxe Radio, station FM marocaine, Driss Ghali se retrouve au cœur d’une polémique. Les chroniqueurs lui reprochent de tenir un blog sur la plateforme du Times of Israël en français et l’interrogent sur un article de mai 2017 où il invitait à une collaboration franche entre les élites du Maroc et d’Israël.

L’essayiste explique avoir été surpris par cette question hors-sujet puisque son livre ne s’intéresse pas à Israël mais au Maroc dans sa globalité. Il dénonce la tentative de le décrédibiliser en le faisant passer pour un sioniste, qualification équivalente selon lui à une mort sociale au sud de la Méditerranée.

Driss Ghali assume publiquement son absence d’inimitié envers Israël et les Juifs, notamment ceux du Maroc. Cette position, rare dans le monde arabe contemporain, lui vaut des critiques virulentes mais correspond à sa nostalgie d’un Maroc pluriel.

Le “Zemmour marocain” selon Jeune Afrique

En avril 2024, le magazine Jeune Afrique le qualifie de “Zemmour marocain”. Cette comparaison avec l’essayiste et homme politique français d’extrême-droite fait référence aux positions conservatrices de Driss Ghali sur l’immigration, l’identité et la diversité culturelle qu’il considère comme un danger.

Interrogé sur cette étiquette, Driss Ghali répond la prendre pour un compliment car il apprécie beaucoup Éric Zemmour. Il nuance toutefois en expliquant que Zemmour est un homme politique alors que lui reste un observateur sans engagement partisan. Il souligne également que Zemmour s’est totalement assimilé à la France, alors que lui conserve une âme marocaine.

Une coqueluche des médias de droite français

Driss Ghali est devenu une présence régulière sur les plateaux de médias français campés à droite : CNews, Sud Radio, Tribune juive ou encore Causeur. Cette audience médiatique témoigne de l’intérêt de ces chaînes pour ses analyses à contre-courant du discours dominant progressiste.

Il est publié par la maison d’édition L’Artilleur, dirigée par Damien Serieyx, qui se positionne comme l’éditeur à contre-courant. Ce partenariat éditorial confirme son positionnement intellectuel assumé en marge du consensus médiatique français.

Un défenseur de “la civilisation française”

Driss Ghali se pose en défenseur de la civilisation française qu’il juge menacée. Ses interventions portent régulièrement sur les questions d’immigration, d’identité nationale et de préservation des valeurs occidentales. Il affirme que la France doit rester fidèle à elle-même, assumant que cette position puisse le faire qualifier d’extrémiste.

Cette rhétorique décliniste et identitaire le rapproche effectivement des thèses d’Éric Zemmour. Toutefois, contrairement à ce dernier, Driss Ghali n’a pas franchi le pas de l’engagement politique partisan.

Un intellectuel aux multiples facettes

Le magazine Jeune Afrique le décrit comme un être plein de contradictions mais ouvert au débat. Effectivement, Driss Ghali incarne une figure paradoxale : Marocain défendant la France, musulman nostalgique de la cohabitation judéo-musulmane, résident brésilien commentant l’actualité européenne.

Ces contradictions apparentes constituent peut-être sa richesse intellectuelle. Elles lui permettent d’apporter un regard original sur les questions identitaires et civilisationnelles qui agitent l’Europe et le monde méditerranéen. À l’heure où les identités se figent et les positions se radicalisent, Driss Ghali propose une perspective multiple, même si ses conclusions politiques restent fermement ancrées à droite de l’échiquier idéologique.

By Camille Rousseau

Journaliste politique et médias, 7 ans d'expérience à France Info. Spécialiste des personnalités politiques et journalistiques. Sciences Po Paris, Master Journalisme.