20 May 2026, Wed

Maxime Saada : origine, parents et portrait du patron de Canal+ au cœur de la tourmente de Cannes 2026

Maxime Saada, PDG du groupe Canal+

Né le 9 juin 1970 à Boulogne-Billancourt, Maxime Saada dirige depuis 2015 le groupe Canal+ et cumule les fonctions de président de Studiocanal, de Dailymotion et de L’Olympia, ainsi que de vice-président du groupe Lagardère. Discret sur sa vie personnelle, il s’est retrouvé au centre d’une vive controverse lors du Festival de Cannes 2026, après avoir annoncé ne plus vouloir travailler avec les 600 signataires d’une tribune anti-Bolloré publiée dans Libération. Retour sur ses origines, ses parents et le parcours de l’homme le plus puissant de l’audiovisuel français.

Maxime Saada : origine et parents

Un père tunisien, une enfance dans le 8e arrondissement

Maxime Saada est issu d’une famille aux origines méditerranéennes. Son père est d’origine tunisienne, une réalité qu’il a lui-même évoquée publiquement. Lors de négociations avec le groupe sud-africain MultiChoice, il déclarait avec humour dans Jeune Afrique : “Mon père est tunisien, je peux donc dire que je suis d’origine africaine, vraiment.” Le patronyme Saada est d’ailleurs typique des familles séfarades d’Afrique du Nord, présentes en Tunisie et au Maroc depuis plusieurs siècles, et signifie “bonheur” en arabe. Ses parents sont tous deux pharmaciens et tiennent une officine sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris, quartier bourgeois où Maxime grandit.

Une enfance entre la pharmacie familiale et Canal+

La pharmacie paternelle marque profondément l’enfance de Maxime Saada. Il y observe les clients, développe très tôt un sens des relations humaines et du commerce. Son père, cinéphile et passionné de télévision, devient l’un des tout premiers abonnés à Canal+ lors de son lancement en 1984. À 14 ans, Maxime l’accompagne chercher le décodeur la veille de la première diffusion. Il se souvient avoir visionné en boucle le clip Hungry Like the Wolf de Duran Duran durant les premières semaines de la chaîne, dont la programmation était encore très limitée. C’est cette passion précoce pour la télévision qui oriente toute sa trajectoire professionnelle, au grand dam de ses parents qui espéraient le voir reprendre l’officine familiale.

Un parcours d’élite, de Sciences Po à Canal+

Sciences Po, HEC et McKinsey

Maxime Saada suit un parcours académique classique des grandes élites françaises : diplômé de Sciences Po Paris en 1992, il obtient un MBA à HEC en 1994. Il débute sa carrière aux États-Unis, au sein de l’antenne nord-américaine de la DATAR, où il œuvre à attirer les investissements américains vers la France depuis Houston puis New York. En 1999, il rejoint McKinsey & Company pendant cinq ans, se spécialisant dans les télécoms, les médias et la technologie. Il y noue une relation durable avec Rodolphe Belmer, qui le recrutera plus tard chez Canal+.

L’ascension chez Canal+, de la stratégie à la direction générale

En 2004, Maxime Saada intègre Canal+ comme directeur de la stratégie. Il gravit méthodiquement les échelons : marketing, distribution, édition des chaînes payantes. En juillet 2015, dans un contexte de reprise en main du groupe par Vincent Bolloré, il est nommé directeur général, succédant à Rodolphe Belmer. “Je pensais que ça durerait deux ou trois mois”, confiera-t-il plus tard. Il devient président du directoire en avril 2018. Sous sa direction, Canal+ passe de 11 millions d’abonnés en 2015 à plus de 40 millions en 2025, grâce notamment au rachat du groupe sud-africain MultiChoice pour 1,5 milliard d’euros, finalisé en septembre 2024.

La polémique du Festival de Cannes 2026

Le 17 mai 2026, lors d’un événement professionnel sur la Croisette, Maxime Saada réagit à une tribune publiée le 11 mai dans Libération, signée par plus de 600 professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche, Raymond Depardon et Adèle Haenel. Ce texte dénonce l’emprise grandissante de Vincent Bolloré sur le secteur culturel. “J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal. En conséquence, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition”, déclare-t-il. La réaction provoque immédiatement un séisme dans la filière cinématographique. Le président du CNC, Gaëtan Bruel, dit “regretter” cette décision, soulignant qu’elle “pose question sur le plan de la liberté d’expression.” L’actrice Adèle Exarchopoulos déclare à l’AFP : “Tu ne peux pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective.”

By Camille Rousseau

Journaliste politique et médias, 7 ans d'expérience à France Info. Spécialiste des personnalités politiques et journalistiques. Sciences Po Paris, Master Journalisme.