Delphine Minoui, née en 1974 à Paris, est l’une des grandes reporters françaises du Moyen-Orient. Correspondante du Figaro, prix Albert-Londres 2006, auteure de huit livres traduits dans une dizaine de langues, elle partage sa vie avec Borzou Daragahi, journaliste américano-iranien qu’elle rencontre en Irak au début des années 2000. Ensemble, ils ont une fille, Samarra, née à Beyrouth en mars 2012. Portrait d’un couple uni par la passion du terrain et l’amour de l’Iran.
C’est sur le terrain, en Irak, au début des années 2000, que Delphine Minoui croise la route de celui qui deviendra son mari. Borzou Daragahi est alors correspondant de guerre pour le Los Angeles Times, où il couvre l’Irak depuis 2002 comme journaliste indépendant puis chef de bureau. Né en Iran, Borzou Daragahi a grandi à Chicago et New York et a vécu en Allemagne, en France, en Iran, en Irak et au Liban. Finaliste du prix Pulitzer à trois reprises pour ses reportages en Irak et en Iran, il rejoint ensuite le Financial Times comme correspondant en Afrique du Nord à partir de 2011. Comme Delphine, il est d’origine iranienne, né à Téhéran avant d’émigrer aux États-Unis enfant. Cette double culture partagée forge une complicité immédiate entre les deux journalistes.
Leur relation se noue à Téhéran, où ils couvrent ensemble les évolutions politiques iraniennes. Face aux pressions des services de renseignements iraniens qui surveillent leur vie privée de près, c’est la mère de Borzou, appelant depuis les États-Unis, qui leur suggère le sighe, le mariage temporaire chiite, pour régulariser leur situation aux yeux du régime. Un épisode qui dit tout de la tension permanente dans laquelle ce couple de reporters vit au quotidien. Ils traversent ensemble dix années de menaces, de visas suspendus, d’interrogatoires policiers et de départs forcés avant de quitter définitivement l’Iran en 2009.
En 2011, le couple s’installe à Beyrouth. C’est dans cette ville que leur fille voit le jour au printemps 2012. Ils lui choisissent le prénom Samarra, qui signifie “heureux celui qui la voit” en arabe littéraire, en référence aussi à la ville irakienne de Samarra, l’une des plus anciennes cités de l’Histoire, dans laquelle Delphine et Borzou avaient été parmi les premiers journalistes à entrer en 2007 après sa destruction. La famille déménage ensuite au Caire en avril 2012, puis s’installe définitivement à Istanbul en 2015, ville depuis laquelle Delphine Minoui continue de couvrir le Moyen-Orient pour le Figaro.
Delphine Minoui naît à Paris en 1974 d’une mère française prénommée Martine et d’un père iranien prénommé Homayoun, arrivé à Paris à l’âge de onze ans comme fils d’un diplomate en poste à l’UNESCO. À l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeyni en 1979, son père renie ses origines, se fait appeler Henri et élève ses deux filles dans l’ignorance quasi totale de leurs racines iraniennes. Delphine et sa sœur aînée grandissent ainsi à Paris, françaises à cent pour cent, sans langue persane ni culture iranienne transmise au foyer.
Le lien qui unit Delphine à l’Iran passe par son grand-père paternel, ancien ministre de l’Éducation sous le Shah, resté en République islamique malgré ses convictions laïques. Depuis l’enfance, elle lui envoie chaque semaine des lettres depuis Paris, racontant la vie française en textes et en dessins. Ce sont ces courriers qui préfigurent ses futurs articles de correspondante. Lorsque son grand-père rentre à Paris, malade, peu avant sa mort, il lui enseigne le farsi et lui offre un poème de Hafez, poète iranien du XIVe siècle. Cette transmission ultime déclenche tout : à 22 ans, Delphine part à Téhéran pour la première fois en tant que journaliste. Elle pensait y rester deux mois. Elle y reste dix ans.
Diplômée du CELSA en 1997 et de l’EHESS en 1999, Delphine Minoui débute comme pigiste pour Radio France et la RTBF avant de s’installer à Téhéran en 1998. Elle collabore au Figaro à partir de 2001 et reçoit le prix Albert-Londres en 2006 pour une série d’articles sur l’Irak et l’Iran publiés entre septembre 2005 et avril 2006. Depuis 2009, elle est correspondante permanente au Moyen-Orient pour le Figaro, basée à Istanbul. Sa bibliographie compte huit ouvrages, dont Je vous écris de Téhéran (Seuil, 2015), Les passeurs de livres de Daraya (Seuil, 2017, Grand Prix des lectrices Elle 2018), L’Alphabet du silence (L’Iconoclaste, 2023) et Badjens (Seuil, 2024), hommage à la génération iranienne du mouvement Femme, Vie, Liberté.