Eric Ripert, né le 2 mars 1965 à Antibes, est l’un des chefs français les plus célébrés au monde. Patron depuis 1994 du Bernardin à Manhattan, couronné de trois étoiles Michelin, il a construit son empire culinaire à partir d’une enfance douloureuse dans le sud de la France. Son père, directeur de banque, est mort en montagne quand il avait 11 ans. Sa mère, patronne de boutique et excellente cuisinière, lui transmet sa passion des beaux produits. Portrait d’un homme façonné par ses racines et ses épreuves.
Le patronyme Ripert puise ses racines dans la tradition germanique. Ripert est un nom de personne d’origine germanique, Ricberht (ric = puissant, berht = brillant), porté dans le Sud-Est de la France, notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse. Ce patronyme rare, très peu répandu, est géographiquement concentré dans la région provençale et méditerranéenne. Eric Ripert est donc français, d’une famille du Midi, sans origines étrangères documentées par aucune source d’autorité.
Dans son autobiographie 32 Yolks, parue en 2016 et best-seller du New York Times, Eric Ripert raconte en détail le rôle de ses parents dans sa construction personnelle et culinaire. Son père était directeur de banque, figure aimée et admirée du jeune garçon. Leur relation est brutalement interrompue lors d’une randonnée en montagne : Eric Ripert n’a que 11 ans quand son père meurt accidentellement. Un deuil fondateur, qui marque durablement l’enfant et accélère son besoin de construire sa propre identité ailleurs.
Sa mère tient une boutique de mode et est également une excellente cuisinière, que l’on surnomme cordon bleu. C’est elle qui emmène très jeune le petit Eric dans les meilleurs restaurants du sud de la France, lui inculquant le goût des bons produits et des belles tables. Après le divorce de ses parents alors qu’Eric a cinq ans à Saint-Tropez, elle refait sa vie en Andorre, à la frontière franco-espagnole, où elle travaille beaucoup. Elle confie souvent son fils à un beau-père décrit comme particulièrement cruel, avant que le jeune garçon ne soit envoyé en pensionnat à 8 ans. Malgré ces épreuves, deux grand-mères, une tante et un ami restaurateur d’Andorre contribuent également à forger sa passion pour la cuisine.
Eric Ripert grandit successivement à Antibes, Saint-Jean-de-Luz et en Andorre. Le divorce de ses parents à 5 ans, la mort de son père à 11 ans, un beau-père cruel, un pensionnat difficile : rien dans son enfance ne préfigure une trajectoire dorée. C’est pourtant dans ces circonstances que naît sa vocation. En Andorre, un certain “Jacques”, chef haut en couleur rencontré localement, le prend sous son aile dès ses 11 ans et lui fait découvrir les coulisses d’une cuisine professionnelle.
À 15 ans, Eric Ripert quitte sa famille pour intégrer l’école hôtelière de Perpignan. À 17 ans, il monte à Paris et entre comme commis à La Tour d’Argent, institution parisienne plus que quatre fois centenaire. Il rejoint ensuite Jamin, la maison de Joël Robuchon, alors triplement étoilée. Les conditions y sont exigeantes, les humiliations quotidiennes, la pression psychologique omniprésente. “Certains tremblaient tout le temps. Certains allaient pleurer dans l’escalier. J’ai vu des gars cogner les murs”, écrit-il dans 32 Yolks.
En 1989, Eric Ripert pose ses valises à Washington pour travailler sous Jean-Louis Paladin au Watergate Hotel, l’un des premiers chefs français à s’être imposé en Amérique. Il rejoint New York en 1991, brièvement sous-chef de David Bouley, avant d’être recruté par Maguy et Gilbert Le Coze pour prendre les commandes du Bernardin. À la mort soudaine de Gilbert Le Coze en 1994, Eric Ripert devient chef exécutif et co-propriétaire du restaurant aux côtés de Maguy Le Coze.
Exclusivement dédié au poisson et aux fruits de mer, Le Bernardin décroche les trois étoiles Michelin dès 2005 et ne les a jamais perdues. Quatre fois récompensé par le New York Times avec la note maximale de quatre étoiles, il figure régulièrement dans les palmarès des meilleurs restaurants mondiaux. En 2019, La Liste le classe numéro un mondial. Marié à Sondra Ripert, bouddhiste convaincu depuis les années 1990, Eric Ripert médite chaque matin avant de traverser Central Park pour rejoindre ses cuisines.