Né le 25 juin 2004 à Almaty au Kazakhstan, Mikhail Shaidorov est un patineur artistique qui a décroché la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 le 14 février, devenant le premier champion olympique d’hiver de son pays depuis 1994. Derrière cet exploit inattendu se cache une histoire familiale fondatrice : son père, Stanislav Shaidorov, six fois champion national du Kazakhstan en patinage artistique, lui a ouvert la porte de la glace dès ses cinq ans.
Stanislav Shaidorov est une figure majeure du patinage artistique kazakh. Six fois champion national, il a participé à des spectacles sur glace en Europe et en Amérique du Sud, à une époque où la discipline était encore peu structurée dans l’ex-espace soviétique. Entraîneur de métier, il emmenait régulièrement son fils au bord de la piste dès son plus jeune âge, l’exposant naturellement au monde de la glisse.
C’est vers l’âge de cinq ans que Mikhail pose les patins pour la première fois, sur la piste du centre commercial Ramstore d’Almaty, là même où avait débuté le regretté Denis Ten, icône nationale du patinage kazakh. “Mon père m’a emmené à la patinoire du Ramstore, c’est là que j’ai commencé à patiner”, raconte Mikhail Shaidorov dans une interview au magazine kazakh STEPPE en mars 2025. L’enfant n’est pas immédiatement conquis par la discipline paternelle et s’oriente vers la gymnastique artistique, qu’il pratique pendant plus d’un an. Vers sept ans, c’est de sa propre initiative qu’il revient au patinage, une décision qu’il assume pleinement.
En 2017, Mikhail et son père participent à un stage organisé par l’ancien champion olympique russe Alexei Urmanov. C’est lors de ce camp que le jeune patineur réussit son premier double axel. Face au manque criant d’infrastructures de haut niveau au Kazakhstan, ses parents prennent en 2018 la décision de l’envoyer s’installer à Sotchi, en Russie, pour s’entraîner à temps plein sous la direction d’Urmanov. Un sacrifice familial considérable, qui orientera définitivement la trajectoire de Mikhail vers l’élite mondiale.
Mikhail Shaidorov tient à rappeler régulièrement ses racines. Certains médias russes ayant pris l’habitude de le présenter comme un patineur russe, il a publiquement recadré cette confusion : “Je suis né, j’ai grandi et je vis à Almaty. Je passe beaucoup de temps au Kazakhstan, dans ma ville bien-aimée. C’est irrespectueux envers moi”, déclare-t-il. Il revendique sa fierté d’être kazakh, parle le kazakh, le russe et l’anglais, et considère Denis Ten comme son modèle sportif et humain.
Le patineur kazakh Denis Ten, médaillé de bronze à Sotchi 2014 et assassiné tragiquement en 2018, est une source d’inspiration permanente pour Shaidorov. Son père Stanislav a d’ailleurs côtoyé Ten à l’entraînement. Mikhail Shaidorov s’assure de ne jamais manquer le Mémorial Denis Ten, épreuve du circuit Challenger Series organisée chaque année au Kazakhstan depuis 2019, qu’il a remportée lors des deux dernières éditions. Le jeune champion exprime régulièrement son souhait que son parcours honore la mémoire de Ten et contribue au développement du patinage dans leur pays commun.
Le 14 février 2026, à l’arène de Milan, Mikhail Shaidorov réalise l’exploit de sa carrière. Après avoir terminé cinquième du programme court, il livre un programme libre de haute voltige incluant cinq quadruples sauts, dont son saut de marque : la combinaison triple Axel-Euler-quadruple Salchow, qu’il a été le premier patineur de l’histoire à réussir en compétition lors du Grand Prix Final 2024 à Grenoble. Alors que le grand favori américain Ilia Malinin, surnommé le “Quad God”, s’effondre et termine huitième, Shaidorov reste en tête après le passage de chacun de ses adversaires.
Sa victoire offre au Kazakhstan sa première médaille d’or aux Jeux Olympiques d’hiver depuis le titre du fondeur Vladimir Smirnov à Lillehammer en 1994. Visiblement submergé par l’émotion, Shaidorov rend hommage à son grand rival en le qualifiant de patineur d’exception, tout en avouant ne pas encore mesurer pleinement l’ampleur de son propre sacre olympique.
Malgré son sacre, Shaidorov continue de s’entraîner dans des conditions difficiles, naviguant entre Sochi, les États-Unis et Almaty. En 2025, il confie que sa saison a été épuisante logistiquement, entre démarches de visa et recherche de glace. Sa victoire olympique sonne comme un espoir : il nourrit l’ambition de voir son pays doter ses futurs champions d’infrastructures dignes de leur potentiel.