4 Apr 2026, Sat

Franck Sinisi : l’ancien élu FN d’origine italienne et ses affaires judiciaires

Franck Sinisi, ancien conseiller municipal de Fontaine en Isère

Franck Sinisi, 53 ans, ancien conseiller municipal de Fontaine en Isère, est d’origine italienne selon ses propres déclarations devant le tribunal correctionnel de Grenoble en 2017. Cet ancien élu du Front national, exclu du parti en 2017 pour propos discriminatoires, a été placé en garde à vue le 14 janvier 2026 dans l’enquête sur le dépôt de restes de porc devant une mosquée de Fontaine. Déjà condamné en 2017 à une peine de prison avec sursis pour incitation à la haine raciale après avoir proposé de financer l’accueil des Roms “avec leurs dents en or”, il cumule désormais plusieurs affaires judiciaires liées à des actes de provocation.

D’origine italienne selon ses déclarations

Franck Sinisi a révélé son origine italienne lors de son procès en octobre 2017 devant le tribunal correctionnel de Grenoble. Poursuivi pour incitation à la haine raciale, il avait tenté de se défendre en déclarant : “Je n’ai rien contre les étrangers, moi-même je suis d’origine italienne.”

Cette mention de ses racines italiennes intervenait dans un contexte judiciaire où il cherchait à minimiser ses propos discriminatoires envers les Roms. Aucune précision supplémentaire n’est donnée sur le parcours migratoire de sa famille ni sur la génération d’immigration concernée.

Ancien conseiller municipal de Fontaine

Franck Sinisi a été conseiller municipal de Fontaine, commune de l’agglomération grenobloise en Isère. Cet élu local du Front national s’est illustré par des positions d’extrême droite et des propos polémiques qui lui ont valu son exclusion du parti en 2017.

Après son exclusion du FN, il rejoint Civitas, parti d’extrême droite catholique traditionaliste. Cette reconversion politique témoigne d’un engagement persistant dans la mouvance radicale, malgré les condamnations et controverses.

Condamné en 2017 pour propos sur les Roms

Le 27 février 2017, lors d’une séance du conseil municipal de Fontaine, Franck Sinisi propose de financer la construction de logements d’accueil pour les familles Roms “avec leurs dents en or”. Ces propos font immédiatement polémique par leur référence implicite aux atrocités nazies.

Poursuivi pour incitation à la haine raciale, il comparaît le 24 octobre 2017 devant le tribunal correctionnel de Grenoble. Il tente de minimiser ses paroles en affirmant s’être inspiré d’une blague de l’humoriste Comte de Bouderbala et en déclarant : “Je ne savais pas ce qui s’était passé pendant la Seconde Guerre Mondiale avec les Juifs.”

Une condamnation à de la prison avec sursis

Le 28 novembre 2017, le tribunal correctionnel de Grenoble reconnaît Franck Sinisi coupable d’incitation à la discrimination et à la haine raciale. Il écope d’une peine de prison avec sursis, d’une amende de 2 000 euros et d’une interdiction d’exercer des fonctions électives pendant quatre années.

Cette condamnation intervient après que Nicolas Bay, alors secrétaire général du Front National, avait qualifié les propos de Sinisi d'”inacceptables” et d'”humour de mauvais goût”. L’exclusion du parti suit cinq mois après les faits.

En garde à vue en janvier 2026

Le 14 janvier 2026, Franck Sinisi est placé en garde à vue dans les locaux du Service local de police judiciaire de l’Isère. Cette interpellation intervient dans le cadre des investigations ouvertes le 19 septembre 2025 après la découverte d’os de porc, de saucisson et de tags devant une mosquée de Fontaine.

L’ancien élu, désormais âgé de 53 ans, est interrogé par la police de Grenoble concernant le dépôt de restes de porc à l’entrée de la salle Eugénie-Cotton, rue Marguerite-Tavel, utilisée pour la prière par une association cultuelle musulmane.

Réactions de l’association musulmane

Redha Djellali, responsable de l’association des musulmans de Fontaine, réagit à l’interpellation : “C’est choquant – si c’est confirmé – qu’un ancien élu, qui connaît les habitants, puisse être impliqué dans un acte d’une telle bassesse.” Il se dit néanmoins “soulagé” de voir que l’enquête avance.

Après la découverte de ces dépôts en septembre 2025, l’association cultuelle avait déposé plainte. Les autorités municipales et policières s’étaient immédiatement mobilisées, avec notamment un déploiement de forces de l’ordre supplémentaires dans le secteur concerné.

Un parcours judiciaire récurrent

Franck Sinisi est décrit comme étant “déjà connu de la justice”. Sa condamnation de 2017 pour incitation à la haine raciale et son interpellation de 2026 pour provocation à la haine dessinent le portrait d’un militant radical multirécidiviste.

Son origine italienne, brandie comme argument de défense en 2017, n’a manifestement pas empêché ses dérives discriminatoires envers d’autres populations. Ce parcours illustre la persistance de certains élus locaux d’extrême droite dans des actes de provocation visant les minorités.

Une audience sous haute tension en 2017

L’audience du 24 octobre 2017 s’était déroulée sous haute tension au tribunal correctionnel de Grenoble. Des militants antifascistes et des membres de Civitas s’étaient rassemblés devant le palais de justice, séparés par des policiers.

La salle d’audience était pleine à craquer, témoignant de la forte mobilisation autour de cette affaire. Le procureur de la République avait requis deux à trois mois de prison avec sursis contre Franck Sinisi, en plus de 2 000 euros d’amende et de deux à trois ans d’inéligibilité.

Un acte de provocation religieuse

Le dépôt de restes de porc devant une mosquée constitue un acte de provocation particulièrement grave dans le contexte des tensions intercommunautaires. Le porc étant interdit dans la religion musulmane, ce geste vise explicitement à offenser et intimider la communauté musulmane locale.

Cette affaire de septembre 2025 s’inscrit dans une série d’actes antimusulmans recensés en France ces dernières années. L’implication présumée d’un ancien élu condamné pour incitation à la haine raciale aggrave la portée symbolique de cet acte.

By Camille Rousseau

Journaliste politique et médias, 7 ans d'expérience à France Info. Spécialiste des personnalités politiques et journalistiques. Sciences Po Paris, Master Journalisme.