Petit-fils de militants algériens installés à Grenoble il y a 65 ans, Allan Brunon, 27 ans, est devenu en quelques mois l’une des figures les plus commentées de la vie politique iséroise. Conseiller municipal et président du groupe La France Insoumise à Grenoble, il s’est retrouvé au centre d’une controverse nationale après avoir organisé le blocus du concert de la DJ Barbara Butch le 18 juillet 2026.
Allan Brunon, également connu sous le nom d’Allan Adel-Brunon, naît le 24 juin 1999 à Grenoble, au sein d’une famille dont l’histoire s’enracine profondément dans le combat pour l’indépendance algérienne. “Ma famille s’est installée à Grenoble quand ma grand-mère est arrivée d’Algérie dans les années 50, mon grand-père a suivi un peu avant l’indépendance”, confie-t-il, évoquant un grand-père paternel ayant lutté pour la libération de l’Algérie, tandis que son grand-père maternel s’était illustré comme résistant contre les nazis. Cette double mémoire familiale, mêlant anticolonialisme et antifascisme, façonne durablement l’identité politique du jeune élu.
Jusqu’à ses 10 ans, Allan Brunon vit chez sa grand-mère, place des Géants, en plein cœur du quartier de la Villeneuve à Grenoble, tout en fréquentant l’école à Villefontaine, dans le nord de l’Isère, où résidait sa mère. Il effectue ce trajet quotidien avec sa sœur jumelle, une organisation familiale qu’il ne considère jamais comme un fardeau. Son père a été délégué syndical dans une entreprise industrielle grenobloise, ancrant encore davantage la famille Brunon dans une tradition de luttes sociales et ouvrières transmise de génération en génération.
Avant de se consacrer pleinement à la politique, Allan Brunon pratique les arts martiaux mixtes à un niveau compétitif, une discipline qui le pousse même à s’éloigner temporairement de Grenoble, faute de structures adaptées dans la région. Il délaisse progressivement le MMA pour se former à Sciences Po Grenoble, puis à l’Université Jean Moulin Lyon 3, où il se spécialise en droit et en histoire. Il adhère très jeune au Parti de Gauche fondé par Jean-Luc Mélenchon, avant de rejoindre La France Insoumise dès l’adolescence.
Allan Brunon devient attaché parlementaire du député LFI Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, avant de se lancer lui-même en politique. Candidat malheureux aux élections législatives de 2022 dans le Rhône, il est choisi par LFI pour porter les couleurs du mouvement aux élections municipales de Grenoble en 2026, succédant à la ligne écologiste soutenue jusque-là par le parti. Il obtient 14,59 % des voix au premier tour, avant que Laurence Ruffin ne remporte finalement la mairie au second tour, le 22 mars 2026. Allan Brunon devient alors conseiller municipal d’opposition et président du groupe LFI, fort de treize élus au conseil municipal.
Le 18 juillet 2026, Allan Brunon organise et participe à un “blocus militant pacifique” visant à perturber le concert de la DJ Barbara Butch au Cabaret Frappé de Grenoble. “Grenoble est historiquement une ville de résistance. Aujourd’hui, nous sommes radicaux et nous l’assumons”, déclare-t-il, tout en niant fermement toute violence de la part des militants rassemblés autour de lui. Le parquet de Grenoble ouvre néanmoins une enquête préliminaire dès le 21 juillet pour “délit d’entrave concertée aux libertés”, confiée à la police judiciaire locale.
Cette action déclenche une vague de critiques dépassant largement le cadre grenoblois, certains observateurs de gauche allant jusqu’à dénoncer des accusations d’antisémitisme visant directement LFI Grenoble et son représentant. Allan Brunon rejette catégoriquement ces accusations, affirmant regretter “l’hypocrisie de la social-démocratie qui n’a jamais condamné le génocide à Gaza”, tout en assumant pleinement la nature de son engagement politique fondé sur une “stratégie de la conflictualité assumée”.