Sami Bouajila est l’une des figures les plus respectées du cinéma français. Deux César, un prix d’interprétation à Cannes, une carrière de plus de trente ans : ce franco-tunisien né le 26 mai 1966 à La Tronche en Isère a construit sa place dans le paysage cinématographique à force de silences habités et de performances bouleversantes. Sur sa vie intime, il dit peu. Mais ce qu’il dit compte.
Sami Bouajila a longtemps été marié. Il avait lui-même résumé cette union avec une anecdote révélatrice de sa personnalité : “On s’est marié à la mairie, puis on a mangé des sushis en catimini, avec mon frère et une amie”, confiait-il à Marie Claire. Pas de banquet, pas de foule, pas de photographes. Un choix qui dit tout de l’homme.
Durant cette relation, il évoquait sans détour la sensibilité de son épouse face à ses scènes d’amour à l’écran. “Quand elle a regardé La Faute à Voltaire, elle n’est pas rentrée à la maison de la journée. Cela m’a fait plutôt sourire, car pour moi, ces scènes sont anecdotiques, mais c’était très blessant pour elle”, racontait-il. L’identité de son ex-épouse n’a jamais été rendue publique, une ligne qu’il n’a jamais franchie.
Le couple s’est finalement séparé, comme l’acteur l’a lui-même confirmé dans la presse française. La mère de ses enfants est restée vivre dans les Alpes. “Je suis séparé de la mère de mes enfants qui est restée vivre dans les Alpes”, précisait-il encore en juillet 2025 dans un entretien accordé à Gala.
Sami Bouajila est papa d’une fille et d’un fils. Sur le sujet, il se montre d’une honnêteté rare. Les tournages qui s’enchaînaient, les absences répétées à la maison : la promotion de Rapaces en 2025 a été l’occasion de nommer ces manques à voix haute, avec une sincérité qui a surpris. Ses enfants ont souffert de cette distance, il le reconnaît sans détour. Sa fille vit aujourd’hui à Paris, son fils a intégré l’école d’art Saint-Luc à Bruxelles. “On vit tous les deux”, dit-il simplement de cette cohabitation père-fils qu’il chérit.
Sur le père qu’il est aujourd’hui, il se confie avec une lucidité désarmante : passionné, plein d’amour, mais colérique pendant longtemps, il reconnaît avoir traversé des périodes de détresse et de dépression qui ont aussi affecté sa manière d’être présent pour ses enfants. Un équilibre qu’il dit avoir finalement trouvé grâce à son traitement, qui lui permet de mieux gérer ses humeurs au quotidien.
Quitter Paris n’a pas été un caprice. “Je ne veux plus subir cette ville, j’y ai longtemps vécu, j’y ai fait des dépressions. Je suis un vrai provincial”, tranchait-il en 2025. Sami Bouajila avait d’abord posé ses valises dans les Alpes avec sa famille pour offrir à ses enfants une autre qualité de vie, avant de rejoindre Bruxelles, ville où il avait tourné deux séries et dans laquelle son fils a désormais ses études.
Ce que peu savaient, Sami Bouajila l’a dit lui-même, avec le courage qui caractérise ses prises de parole. Pendant des années, il a porté une turbulence intérieure intense sans en comprendre l’origine, persuadé que tout le monde vivait avec la même agitation. C’est quelqu’un de proche qui l’a finalement poussé à consulter. Le diagnostic est tombé : bipolarité. Une révélation tardive, mais libératrice. “Je me soigne dorénavant”, confie-t-il, soulignant que ce suivi lui a permis de mieux se connaître et de moins faire souffrir son entourage.
En 2025, dans Rapaces de Peter Dourountzis, Sami Bouajila incarne un journaliste qui enquête aux côtés de sa fille sur un meurtre brutal. “Le côté qui m’a plu chez le personnage, c’est son rapport avec sa fille. Elle lui renvoie le manque qu’il a laissé à la maison. C’est tout un pan d’une vie où le père était absent quand même”, déclarait-il à France Info. La fiction, une fois de plus, lui sert de miroir.
Formé au Conservatoire de Grenoble puis au Centre dramatique de Saint-Étienne, Sami Bouajila débute au cinéma en 1991 avant de s’imposer au milieu des années 1990. Il enchaîne les rôles à contre-emploi, refuse les clichés liés à ses origines et construit une filmographie entre cinéma d’auteur et films de genre. Le César du meilleur second rôle en 2008 pour Les Témoins d’André Téchiné, puis le César du meilleur acteur en 2021 pour Un fils, couronné également par le prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise : deux récompenses majeures pour un acteur qui n’a jamais cherché les projecteurs, seulement la vérité.